Mon manager d'artiste est une IA
Les drops se font rares, il me fallait un manager. Le mien ne dort jamais, ne touche aucune commission… et c'est un agent IA.
Chaque lundi, j’ouvre mon terminal et je tape /point. Quelques secondes plus tard, j’ai la liste : deux réponses à envoyer, une relance à faire, un appel à candidatures qui ferme dans neuf jours. Et trois priorités pour la journée, pas une de plus.
Un point de début de journée, un brouillon de réponse et un avis, avec des noms inventés.
Derrière cette commande, il y a un agent IA à qui j’ai confié toute une partie de mon métier d’artiste. Je vous explique pourquoi, comment ça marche, et surtout ce que je ne lui délègue pas.
Les drops ne suffisent plus
Depuis mes débuts, je vends surtout mes œuvres lors de drops : à une date annoncée, je mets une série en vente en ligne, et chaque collectionneur·se en achète une pièce. Le problème, c’est que le marché des NFT s’est pas mal essoufflé. Les drops sont de plus en plus rares, et beaucoup ne valent plus vraiment le temps qu’ils demandent.
Il fallait donc trouver d’autres façons d’être rémunéré : des commandes (pour des marques, des lieux ou des particuliers), des licences pour que mes œuvres passent sur des écrans, des conférences, des expositions…
Chercher, ça prend un temps fou
Je fais de l’art à côté de Human Coders, un centre de formation pour développeur·ses que j’ai cofondé en 2012 avec Matthieu Segret. En gros, l’art, c’est un ou deux jours par semaine.
Et ces nouvelles pistes demandent surtout du temps : trouver une conférence, repérer un appel à candidatures avant qu’il ferme, préparer un dossier, relancer au bon moment… Tant que les drops suffisaient, je pouvais m’en passer. Avec plus de pistes en parallèle, c’est devenu très facile d’en laisser filer une, simplement parce que j’avais oublié de répondre.
Comment ça marche ?
Pas d’application ni de base de données : c’est un simple dossier de fichiers texte, que j’ouvre avec Claude Code, un agent IA. Il les lit, les tient à jour et me dit ce qu’il en pense. Un peu comme un carnet de bord qui me répondrait.
Dedans, il y a :
- une mémoire : mes œuvres, mes expositions, ma bio, l’avancement de chaque projet et un journal de mes décisions ;
- un suivi : pour chaque piste, qui doit agir, la prochaine étape et sa date ;
- des rituels, sous forme de skills (des commandes) : le point du jour, un avis franc sur une proposition, une veille hebdo des prochains drops et des appels à candidatures, des revues chaque semaine et chaque mois ;
- un cap : mes objectifs du trimestre et des critères écrits pour dire oui ou non (rémunération, légitimité, réutilisation d’une œuvre existante, nouveau réseau).

Le dossier, simplifié : quelques fichiers texte, et c’est tout.
Et c’est aussi lui qui m’aide à gérer ce site : ajouter une exposition, des photos, un nouveau texte…
Ce que ça change
Honnêtement, le plus utile n’est pas ce que j’imaginais. Il ne trouve pas tout à ma place, mais il m’aide énormément à ne rien oublier, à préparer les documents (un portfolio, un PDF de présentation…), à trouver les bons arguments et à mener plusieurs pistes de front.
En octobre 2026 : Résilience exposée aux Processing Community Days de Téhéran et d’İzmir, une interview publiée par Rock Badger, mes œuvres au catalogue d’Artpoint pour les écrans, plusieurs candidatures à des festivals et deux conférences à préparer. Tout ça en même temps, sans rien laisser tomber.

Résilience au Processing Community Day de Téhéran, Musée de l’informatique d’Iran, octobre 2026.
La vraie claque, c’est en reprenant avec lui mes archives, cinq ans de posts sur les réseaux et d’anciens échanges : j’y ai retrouvé plusieurs portes ouvertes que je n’avais jamais franchies.
Ce que je ne délègue pas
La création. Ce manager ne s’occupe pas de mes œuvres : les idées, l’esthétique et les choix restent les miens. C’est même la raison de tout ça : gagner du temps pour créer. (J’utilise par ailleurs l’IA pour m’aider à écrire le code de certaines œuvres, j’en parlerai dans un prochain article.)
Chaque mot qui part. Il rédige des brouillons ; je les relis, je les corrige, souvent je les réécris, et c’est toujours moi qui envoie. Pour une candidature récente, sa première version était juste sur les faits mais ne me ressemblait pas du tout. On l’a reprise à partir de ce que je lui ai raconté de l’œuvre.
Les décisions. Il me donne son avis, parfois très franchement, mais c’est toujours moi qui tranche. Tant que je n’ai pas validé une idée, elle reste une simple recommandation. Et quand il lui manque une information, il me pose la question plutôt que d’inventer un chiffre.
Les relations. Les visios, les rencontres, les échanges avec les autres artistes, c’est évidemment moi.
Si vous voulez essayer
Pas besoin de savoir coder. Avec n’importe quel assistant IA, vous pouvez commencer avec trois fichiers (qui vous êtes, vos pistes avec leur prochaine étape et sa date, vos décisions), trois habitudes (faire le point en début de séance, tout noter tout de suite, ne jamais laisser une piste sans date) et une règle : l’IA propose, vous décidez, et rien ne part sans que vous l’ayez relu.
Et après ?
J’ai déjà quelques idées pour la suite :
- un gestionnaire de tâches, pour n’avoir qu’une seule liste avec mes autres projets ;
- la gestion de mon agenda, pour proposer tout seul des créneaux où je suis disponible ;
- les réseaux sociaux, pour préparer des posts que je valide avant qu’ils partent ;
- une veille qui tourne toute seule, avec un compte rendu qui m’attend le lundi.
Toujours avec la même règle : plus d’accès, mais rien ne part sans moi.
Ce que j’en retiens
Ce manager ne remplace pas un vrai agent. Il n’a pas de réseau, il ne déjeune avec personne et il n’a pas de goût artistique. Mais c’est devenu une sorte de second cerveau pour tout ce qui entoure mes œuvres : il se souvient de tout, il me fait penser à tout, et surtout, il me rend du temps pour créer.
J’aimerais bien en faire un outil que d’autres artistes pourraient installer à leur tour, par exemple un plugin, comme ma skill genart. Si ça vous intéresse, dites-le-moi sur X ou Bluesky !
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